Du marbre au coeur des Alpes 

CARRIÈRES DE MARBRE CIPOLIN DE SAILLON

Le marbre de Saillon a été découvert en 1832. Au début, seuls le blanc et le turquin étaient extraits de la montagne et travaillés sous forme artisanale. C'est la découverte, à la fin de l'année 1873, du fameux marbre cipolin (mot tiré de l'italien "cipolla" qui veut dire veiné comme un oignon) qui lancera l'exploitation industrielle. Vingt-cinq sociétés valaisannes, suisses et européennes, dont certaines avec un capital-actions énorme pour l'époque, se succéderont jusqu'en 1930. Ce marbre, à veines vertes, violettes et souvent rubanées fera la gloire de cette carrière à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème.

Cette renommée sera acquise grâce à l'architecte Charles Garnier qui justifie, dans sa monographie de l'Opéra de Paris, pourquoi il a choisi le marbre de Saillon pour créer plusieurs gaines soutenant son buste et celui de plusieurs artistes : "Un an environ avant l'achèvement des travaux, je reçus des échantillons de ce marbre provenant d'une carrière du canton du Valais en Suisse. L'échantillon qui m'était soumis avait toutes les qualités de dessin et de coloration du cipolin antique et, enthousiasmé par la nouvelle découverte de ce marbre, je voulus que l'opéra possédât les premiers morceaux qui devaient être extraits".

Cet illustre architecte transmettra à ses élèves et disciples son enthousiasme pour ce marbre cipolin "retrouvé" au point qu'à un moment donné il a acquis la réputation d'être "Le marbre le plus beau, mais aussi le plus cher du monde".

Dès le début, les difficultés de la descente des blocs depuis 1'000 mètres d'altitude et le franchissement du Rhône, avec comme corollaire le non respect des délais de livraison, ont provoqué plus souvent l'infortune que la gloire des exploitants.

Pour résoudre ces difficultés de descente, on a construit en 1880 un funiculaire à voie étroite qui acheminait les blocs en plaine jusqu'à une marbrerie sise au pied de la montagne, au hameau de la Sarvaz. En 1895, l'arrivée du premier système de sciage au moyen du fil hélicoïdal a permis l'extraction de colonnes monolithes mesurant jusqu'à six mètres de longueur pour des diamètres allant jusqu'à un mètre!

Grâce à des bureaux à Saxon-les-Bains, Paris, Londres, Bâle, Vevey et d'importants et fidèles acheteurs, notamment à Marseille, Grenoble et Lyon, la renommée du marbre cipolin de Saillon s'est étendue en Suisse, en Europe et aux USA.

Arrêt et reprise de l'exploitation

Vers 1930, pendant la crise mondiale, alors qu'elle est exploitée par une multinationale belge, l'extraction cesse et l'usine de sciage se ferme. Les nombreux blocs déjà descendus en plaine seront vendus jusqu'en 1950.

Tout au début des années 60, une entreprise de la région, Lathion S.A., a relancé l'exploitation du site. Un téléphérique a été construit pour descendre les marbres destinés au broyage et ensuite à la réalisation de carreaux  reconstitué dans une usine aménagée à Evionnaz. Son activité se poursuivra jusqu'en 1975. 

 

L'histoire des carrières, année après année

1832
Jean-David Abetel de Belmont sur Lausanne découvre le marbre à Saillon.
1840-1873
Diverses sociétés exploitent des marbres communs (turquin, gris, blanc, etc.) sur la terrasse intermédiaire (Petite carrière)
1860-1900
Travaux d'endiguement du Rhône.
1873-1874
Découverte du marbre cipolin devant les galeries par Jules Parisod-Dunant.
1878
Erection du monument Maurice Barman, 1er Conseiller d'Etat radical.
1878
Exposition de Paris. Médaille d'argent pour le Cipolin.
1880
A Saillon, présence et décès de Farinet.
1880
Achat ancienne gare de Saxon. Transfert à Saillon pour en faire la maison du directeur.
1880
Projet d'une ligne direct de chemin de fer jusqu'à Saxon.
1880-1881
Société avec un capital action de 400'000 CHF en 1880, puis 500'000 CHF en 1881.
1880-1927
Construction et exploitation d'un funiculaire sur plan incliné et de la marbrerie. 6 mois de travaux. 8 tonnes de charge.
1886
Salaire horaire 28 à 32 cts/h.
1889
Rupture du câble du funiculaire.
1892
Nouveau câble du funiculaire. Charge 14 tonnes. Transport de personnes.
1895
Arrivage du sciage au fil hélicoïdal (1er en Suisse), qui provoque l'exportation vers l'étranger (France, Grande Bretagne) du sciage et tournage de colonnes monolithes.
1895
Nouveau pont du Rhône supportant une charge de 12 tonnes.
1895-1924
L'usine de Saillon survit en travaillant jour et nuit, 7 jours sur 7, du marbre provenant de l'étranger (Italie et Belgique notamment).
1897
Premier téléphone, télégraphe à Saillon pour la marbrerie.
1900
Fin des travaux d'endiguement du Rhône.
1903
Arrivée de l'électricité à Saillon.
1906
Création d'une gare intermédiaire. Extraction en-dessous des galeries.
1915
Les résurgences de la Sarvaz sont visibles loin à la ronde. Durant la fonte des neiges, elles représentent jusqu'à 10x la cascade de la Pissevache.
1920
La "Grande Gouille" de la Sarvaz est asséchée. La plaine vers Fully ne sera plus transformée en lac 3 à 4 mois par année. Construction de la route de l'alpage de Sinlio.
1927-1929
Fin de l'exploitation des carrières et du funiculaire. Remise des biens à la bourgeoisie.
1927-1951
Commerce de marbre géré par Paul Gay qui vend des blocs œuvrés descendus de la carrière.
1929
Vente du funiculaire et des accessoires.
1929
Démontage, transfert et installation du funiculaire en France à Brignoles dans le Var. Utilisé jusqu'en 1966.
1933
Restitution biens de la société des carrières à la bourgeoisie de Saillon.
1935
Construction en marbre de Saillon des deux autels latéraux de l'église.
1942-1943
Défrichement dans la plaine par les internés militaires Polonais (Tobrouk).
1945
Construction en marbre de Saillon du maître autel de l'église.
1950 ~
Assèchement des derniers marécages dans la plaine.
1951
Fin de l'exploitation des blocs oeuvrés par Paul Gay.
1952
Fully, digue des Marètzon, pompage des eaux des résurgences de la Sarvaz vers le Rhône.
1959-1975
Exploitation Lathion. Emploi des déchets de marbre de divers couleurs (marbre reonstitué). Travaux avec camions et trax. Usine Marmosim à Evionnaz.
1960-1975
Construction pour 70'000 CHF et exploitation d'un téléphérique. Baraquements et culture de brocolis à la carrière.
1963
Voyage d'Henri Thurre sur le téléphérique.
1972
Construction vers Leytron d'un mur de vigne de 200 m. avec les derniers blocs encore entreposés sur la place des Marbriers.
2009
Sortie du livre "Du marbre au coeur des Alpes" d'Henri Thurre et exposition "Un marbre qui ne laisse pas de marbre" à Saillon/Stella.
2009
Découverte de la gare et place intermédiaire.
2010
Lancement des visites guidées.
2011
Fondation de l'Association des Amis du Marbre de Saillon (AAMS) le 14 janvier.
2011
Tournage des séquences filmées pour les visites et mise en ligne sur YouTube.
2012
Journées européennes du Patrimoine "Pierre et béton".
2012
Pose des médaillons du sentier du marbre.
2014
Nouveau livre "Du marbre au coeur des Alpes", version condensée de l'édition de 2009 et nouvelles découvertes.
2014
Panneau explicatif devant la galerie (peinture).
2014
La maison Grammétry, film par drone et met en ligne sur notre site Web des images des sites des carrières.
2015
Expo à Saxon et brochure "Saillon-Saxon. Une histoire qui ne laisse pas de marbre".
2015
Pose de la signalisation du sentier du marbre.
2015
Panneau explicatif à la place intermédiaire (photos et texte).
2016
Autorisation du service archéologique cantonal pour mettre en valeur un angle des bâtiments servant de logement des ouvriers.
2017
Aménagement de nouveaux points de vue sur les galeries d'exploitation.
2017
Publication par l'UNIL d'un travail de Master sur les terrasses des carrières.
2017
Ouverture d'un Local du marbre dans le bourg.
2017
Expo à Naters avec brochure bilingue "Saillon et son marbre".
2017
Mise en valeur, sur le chemin des carrières au sommet des vignes, du mur en pierres sèches du funiculaire et du câble de traction.
2019
Découverte du chenal d'évacuation des eaux de la marbrerie

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